En bref
Aucun texte n'oblige toutes les entreprises à publier leurs tarifs sur leur site. Mais dès qu'un prix apparaît quelque part, quel que soit le support, il doit être en euros, toutes taxes comprises, et couvrir tout ce que le client devra payer. Plusieurs métiers ont une obligation en plus : le dépannage du bâtiment doit rendre ses taux horaires et ses frais de déplacement facilement accessibles en ligne, la coiffure et l'esthétique affichent en vitrine, les garages et les centres de contrôle technique à l'entrée. Un manquement à l'information sur les prix expose à une amende administrative pouvant aller jusqu'à 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une société.
C’est la question qui bloque le plus souvent au moment de rédiger les pages d’un site : faut-il mettre les prix ou pas ? La peur est toujours la même. Afficher, c’est se faire comparer, se faire recaler avant même d’avoir pu expliquer ce qu’on vend.
Sauf que pour une partie des métiers, le débat n’existe pas. La réponse est écrite dans un arrêté, et elle vise nommément le site internet. Voici ce qui est imposé, ce qui reste libre, et ce que coûte vraiment une page tarifs vide.
À retenir avant de lire la suite : il n'y a pas d'obligation générale de publier une grille de prix en ligne. Il y a une obligation générale d'informer le client sur les prix avant qu'il ne s'engage, et une série d'obligations particulières selon le métier.
Le principe général : informer avant l’engagement
Le code de la consommation pose la règle de base à son article L112-1 : tout vendeur de produit et tout prestataire de services informe le consommateur sur les prix et les conditions particulières de la vente, par voie de marquage, d’étiquetage, d’affichage ou par tout autre procédé approprié. Les modalités sont fixées par des arrêtés.
L’arrêté de référence, celui du 3 décembre 1987, précise deux choses qui reviennent tout le temps.
D’abord, son article 1er : toute information sur les prix doit faire apparaître, quel que soit le support utilisé, la somme totale toutes taxes comprises qui devra être effectivement payée par le consommateur, exprimée en euros. Le site internet est un support comme un autre. Un prix hors taxes affiché seul sur une page destinée à des particuliers est donc en défaut.
Ensuite son article 13 : le prix de toute prestation de services doit être affiché dans les lieux où la prestation est proposée au public, sur un document unique listant les prestations et leur prix, parfaitement lisible depuis l’endroit où le client est reçu. Une partie de ces prix doit en plus être lisible de l’extérieur.
Et pour le cas de la vente à distance, l’article 14 : le prix d’une prestation proposée par une technique de communication à distance doit être indiqué de façon précise, par tout moyen faisant preuve, avant la conclusion du contrat. Concrètement, si un visiteur peut réserver ou commander depuis votre site, il doit connaître le prix avant de valider.
Dès que vous affichez un prix, il doit être complet
C’est le piège le plus courant, et il n’a rien à voir avec le fait d’afficher ou non.
Le montant annoncé doit couvrir tout ce que le client va payer. Si le prix ne comprend pas un élément ou une prestation indispensable à l’usage de ce que vous vendez, l’arrêté de 1987 impose de l’indiquer explicitement (article 3). Un forfait de pose annoncé sans les frais de déplacement, un tarif de nuit non signalé, une majoration du dimanche passée sous silence : chacun de ces oublis transforme une page tarifs en information trompeuse.
La DGCCRF le constate régulièrement sur le terrain. Dans son enquête sur les services d’aide et d’accompagnement à domicile, menée de mai 2023 à avril 2024 sur 360 opérateurs répartis dans 86 départements, les enquêteurs ont relevé des défauts de concordance des prix entre les différents supports d’information : publicité, grille tarifaire et site internet ne disaient pas la même chose. Au total, 73 % des structures contrôlées présentaient au moins une anomalie (DGCCRF, avril 2025).
Le vrai risque n'est pas le silence, c'est l'écart. Un site qui ne parle pas d'argent ne trompe personne. Un site qui affiche 49 euros quand le devis en fait 180 s'expose à bien pire qu'une amende pour défaut d'affichage : la pratique commerciale trompeuse est un délit.
Les métiers où le site doit porter les prix
Ici, la règle n’est plus générale. Elle est écrite noir sur blanc, et elle vise votre page web.
Dépannage, réparation et entretien du bâtiment
C’est l’obligation la moins connue et la plus large. L’arrêté du 24 janvier 2017, en vigueur depuis le 1er avril 2017, impose au professionnel de communiquer au client, avant la conclusion du contrat : le ou les taux horaires de main-d’œuvre TTC, les modalités de décompte du temps estimé, le cas échéant les prix TTC des forfaits proposés, les frais de déplacement, et le caractère payant ou gratuit du devis.
Son article 3 va plus loin que l’affichage en boutique. Après avoir décrit l’affichage à l’intérieur du local et en vitrine, il ajoute une phrase courte et sans ambiguïté : ces informations doivent également être aisément accessibles sur tout espace de communication en ligne dédié au professionnel.
L’annexe de l’arrêté liste les activités concernées. On y trouve notamment la serrurerie, la plomberie et les sanitaires, l’électricité, la couverture et la toiture, la vitrerie, la menuiserie, la peinture, le ramonage, le débouchage de canalisations, l’entretien des systèmes d’alarme ou encore la dératisation.
Autrement dit : si vous êtes serrurier, plombier chauffagiste, électricien ou couvreur, une page de votre site doit porter votre taux horaire et vos frais de déplacement. Ce n’est pas une bonne pratique commerciale, c’est une obligation.
Coiffure et esthétique
Deux arrêtés du 27 mars 1987 encadrent ces métiers. En coiffure, le salon affiche en vitrine, lisible de l’extérieur, au moins dix prix TTC des prestations les plus courantes, et vingt pour un salon mixte (dix pour les hommes, dix pour les femmes). Les forfaits qui regroupent plusieurs prestations doivent montrer le détail de ce qu’ils contiennent. Le même tarif est affiché à l’intérieur, visible à l’endroit du paiement, et une carte complète reste à disposition à la caisse.
Pour les prestations d’esthétique corporelle, la logique est identique : au moins dix prix TTC lisibles depuis l’extérieur et un tarif complet à l’intérieur, dont des exemplaires sont mis à disposition des clients. Un institut de beauté qui reprend cette grille sur son site ne fait donc que publier ce qui est déjà sur sa vitrine.
Automobile
L’arrêté du 27 mars 1987 relatif aux prestations d’entretien, de réparation, de contrôle technique, de dépannage, de remorquage et de garage impose l’affichage, à l’entrée de l’établissement et lisible de l’extérieur, des taux horaires TTC et des prix TTC des différentes prestations forfaitaires. L’entreprise qui calcule ses prix à partir d’un taux horaire doit préciser sa méthode de décompte : temps réellement passé ou barème du constructeur. Un garage qui reprend ce panneau sur son site répond à la première question que se pose l’automobiliste.
Contrôle technique
Cas particulier intéressant : ici, les prix remontent d’office sur internet. L’arrêté du 29 juillet 2020 impose à chaque centre d’afficher à son entrée principale, de façon visible et lisible de l’extérieur, les prix du contrôle périodique et de la contre-visite, ventilés par énergie (essence, diesel, gaz, hybride, électrique). Ces mêmes prix sont portés à la connaissance du public sur le site de l’organisme désigné par le ministère chargé de l’économie. Un arrêté du 15 décembre 2025 a étendu le dispositif aux deux et trois-roues motorisés et aux quadricycles. Pour un centre de contrôle technique, la comparaison des prix se fait donc déjà en ligne, avec ou sans son accord.
| Activité | Ce qui doit être affiché | Le site est-il visé ? |
|---|---|---|
| Dépannage bâtiment (plomberie, serrurerie, électricité…) | Taux horaire TTC, forfaits, frais de déplacement, devis payant ou gratuit | Oui, explicitement |
| Coiffure | 10 prix TTC en vitrine (20 en salon mixte), carte complète à la caisse | Non, mais la grille existe déjà |
| Esthétique corporelle | 10 prix TTC lisibles de l’extérieur, tarif complet à l’intérieur | Non, mais la grille existe déjà |
| Entretien et réparation automobile | Taux horaires TTC et forfaits à l’entrée, méthode de décompte | Non, mais l’information est publique |
| Contrôle technique | Prix par énergie à l’entrée | Oui, via le site officiel de comparaison |
Quand le prix ne peut pas être fixé à l’avance
C’est le cas de la plupart des métiers du sur-mesure : une extension de maison, un audit, une prestation de conseil, un chantier dont on ne connaît ni la surface ni l’état du support.
La loi ne demande pas d’inventer un chiffre. L’article L112-3 du code de la consommation prévoit exactement cette situation : quand le prix ne peut pas être raisonnablement calculé à l’avance en raison de la nature du bien ou du service, le professionnel indique le mode de calcul du prix et, le cas échéant, les frais supplémentaires. Si ces frais ne peuvent pas non plus être calculés à l’avance, il doit mentionner qu’ils peuvent être exigibles.
Sur un site, cela se traduit très simplement : à la place d’un prix, on explique comment le prix se construit. Une base facturée à l’heure ou au mètre carré, ce qui est compris, ce qui vient en supplément, et ce qui déclenche un devis.
Le format qui marche presque partout : une fourchette honnête, plus le détail de ce qui la fait varier. Annoncer un prix bas et un prix haut pour une prestation type, puis dire ce qui fait bouger le curseur (la surface, le matériel choisi, l'état de l'existant), informe beaucoup mieux qu'un « sur devis » sec, et n'engage pas plus.
Ce que le silence total vous coûte vraiment
Passons de la contrainte à l’intérêt, parce que c’est là que se joue le retour sur investissement d’une page tarifs.
Un site sans le moindre repère de prix reçoit des demandes, mais des demandes non triées. Le devis part, et une partie des prospects disparaît en découvrant un budget hors de leur portée. Le temps passé à chiffrer est perdu, et il l’est de façon invisible : personne ne compte les heures de devis sans suite.
À l’inverse, un ordre de grandeur affiché fait le tri en amont. Les demandes baissent en nombre et montent en qualité. C’est exactement le raisonnement que tient l’administration quand elle impose d’intégrer les frais annexes dans le prix horaire des services à domicile : le but affiché est de permettre au client d’avoir une meilleure visibilité sur les prix et de pouvoir réellement comparer les offres (DGCCRF, avril 2025).
Il y a aussi un effet direct sur la recherche. « Prix », « tarif » ou « combien coûte » reviennent souvent dans les recherches, accolés au nom d’une prestation. Une page qui répond à cette question capte une requête que vos concurrents laissent souvent vide, et donne aux moteurs de réponse une information concrète à citer. Nous avons détaillé la logique de ces pages dans notre article sur le prix d’un site vitrine, qui applique à notre propre métier ce que nous conseillons ici.
Ce que vous risquez, chiffres à l’appui
Un manquement aux règles d’information sur les prix est passible d’une amende administrative dont le montant ne peut excéder 3 000 euros pour une personne physique et 15 000 euros pour une personne morale (code de la consommation, article L131-5).
Ce ne sont pas des montants théoriques. Dans l’enquête de la DGCCRF déjà citée, les contrôles ont donné lieu à 141 avertissements, 191 injonctions, 10 procès-verbaux administratifs et 13 procès-verbaux pénaux. Dans un cas, un professionnel a écopé de 8 000 euros d’amende pour une absence d’affichage des prix dans son local doublée d’un défaut d’informations précontractuelles (DGCCRF, avril 2025).
Comment le mettre en place sur votre site
Rien de compliqué, et une demi-journée suffit dans la plupart des cas.
- Vérifiez si un arrêté vise votre activité. Dépannage du bâtiment, coiffure, esthétique, automobile, contrôle technique, restauration, transport de personnes : ces métiers ont un texte dédié. Dans le doute, la fiche pratique de la DGCCRF sur l’information des prix fait le tour de la question.
- Créez une page dédiée, pas un encart perdu. Une page « tarifs » accessible depuis le menu, avec sa propre adresse, se référence et se cite. Un tableau en bas de la page d’accueil, non.
- Affichez en euros et toutes taxes comprises si vous vous adressez à des particuliers, et mentionnez ce qui n’est pas compris.
- Datez votre grille et tenez-la à jour. Un tarif de 2023 encore en ligne en 2026 n’est plus une information, c’est un litige en préparation.
- Alignez tous vos supports. Site, fiche d’établissement, plaquette, vitrine : le même prix partout. C’est précisément l’écart entre supports que les contrôles relèvent.
- Ajoutez la mention du devis. Payant ou gratuit, c’est une information obligatoire dans le bâtiment, et une question que tout le monde se pose.
En résumé
Personne ne vous oblige à publier votre grille complète en ligne, sauf si vous faites du dépannage à domicile, où c’est écrit dans l’arrêté du 24 janvier 2017. En revanche, dès qu’un chiffre apparaît sur votre site, il doit être en euros, toutes taxes comprises, complet, et identique à celui de vos autres supports.
Le reste est une décision commerciale, et elle penche presque toujours du même côté : une fourchette assumée fait un meilleur travail de tri qu’un « sur devis » qui ne dit rien à personne.
Si vous voulez que vos pages de prestations disent clairement ce que vous vendez et à quel prix, c’est le travail décrit sur notre page création de site et sur la page contenus. Un site professionnel avec une vraie stratégie de référencement se situe entre 2 000 et 2 500 euros HT, et nos budgets sont détaillés sur la page tarifs. Si votre site existe déjà et que vous voulez savoir ce qu’il laisse passer, c’est le rôle d’un audit. Et pendant que vous êtes dans les pages obligatoires, vérifiez aussi vos mentions légales.
Sources : code de la consommation, articles L112-1, L112-3 et L131-5 (Légifrance) ; arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l’information du consommateur sur les prix, articles 1er, 3, 13 et 14 (Légifrance) ; arrêté du 24 janvier 2017 relatif à la publicité des prix des prestations de dépannage, de réparation et d’entretien dans le secteur du bâtiment et de l’équipement de la maison, articles 1er à 3 et annexe 1 (Légifrance) ; arrêtés du 27 mars 1987 relatifs à la publicité des tarifs de coiffure, des prestations d’esthétique corporelle et des prestations d’entretien, de réparation, de contrôle technique, de dépannage, de remorquage et de garage des véhicules (Légifrance) ; arrêté du 29 juillet 2020 relatif à la publicité des prix des prestations de contrôle technique de certaines catégories de véhicules légers, modifié par l’arrêté du 15 décembre 2025 (Légifrance) ; DGCCRF, « Information du consommateur : trop d’anomalies de la part des entreprises d’aide et d’accompagnement à domicile », 24 avril 2025.
